Culture du code, entre illettrisme et liberté
À l’occasion du second Coding Goûter, je publie une courte série d’article. Retrouvez-les sur ils.sont.la
Vous êtes réveillé par votre téléphone, vous lancez la machine à laver. Tiens, un métro automatique sur la ligne 1. À midi vous payez avec votre carte de crédit. Le soir, vous jetez un oeil sur l’éclairage de la tour Eiffel. Liste sans fin. Il ne se passe pas une heure de notre vie (une minute ?) sans qu’un programmeur n’y ait participé, en écrivant… du code.
Les technologies qui nous entourent sont animées par le code. Elles sont en train de transformer la société, et nos vies, de fond en comble. Les exemples de cette transformation, vous saurez les trouver tout seuls. Vous les connaissez déjà.
Le danger d’un illettrisme de fait
Si je suis illettré dans notre société, si je ne sais pas lire, je me retrouve impuissant et exclu. Je suis même aisément manipulable, noyé dans cette omniprésence du texte. De la même manière, au fur et à mesure que nous entrons sans voie de retour dans une société informatisée, celui qui ne maîtrise pas la culture du code se retrouve de plus en plus impuissant, exclu, et manipulé face aux nouvelles technologies.

Existe-t-il un illettrisme du code ? Le concept est séduisant, car le code, c’est tout simplement du texte. Un texte qui sert à créer un programme, une app, un site web. Un texte un peu spécial, puisqu’il agit sur le monde de manière immédiate, parfois avec hostilité, comme lorsqu’il contrôle les portes du métro !
Illettrisme ou pas, aujourd’hui, une minorité de personnes maîtrise la lecture et l’écriture du code informatique – tout comme une minorité savait lire au début du 19ème siècle, et une plus petite minorité encore maîtrisait la culture dominante de l’écrit, les contrats, les textes de lois… ah, tiens, encore des codes.
Du contrôle invisible à la créativité libératrice
Pour ceux qui doutent encore, souvenez-vous que les fondateurs de Facebook, YouTube, Twitter, Google, sont tous des codeurs. Ces plateformes web ont transformé la société en quelques années. Ils font peur.
Le web (et le capital-risque) a transformé la compétence de ces programmeurs-entrepreneurs en un *nouveau talent*, presque magique:
Le talent d’écrire, depuis sa chambre, de nouvelles règles sociales, des règles qui se propagent et sont adoptées par tous en quelques mois.
Ce talent ne doit pas rester entre les mains d’une élite de nouveaux scribes, il doit se répandre. Nous avons tous besoin, parfois, de compter, nous avons tous besoin, parfois, de lire et d’écrire, et maintenant nous avons tous besoin, parfois, de coder – sans toujours le réaliser.

Lire et écrire, à nouveau
Pour permettre à nos enfants d’être plus créatifs, plus autonomes et, une fois adulte, d’utiliser les nouvelles technologies au service de leur propre liberté, il faut leur transmettre cette culture du code.
Leur transmettre à tous ? Oui, il faut qu’ils apprennent, tous, à programmer. S’il ne le font pas, leur seul choix sera d’utiliser des outils et de subir des règles qu’ils ne peuvent ni décrypter, ni modifier, des outils et des règles programmés par des maîtres invisibles.
Tout a fait, il s'agit d'une question de citoyennete que d'etre un acteur de la societe dans laquelle on vit, sinon point de democracie.
Voir aussi le kindergarten du MIT et ses fondateurs et un article du meme ordre Programming Is the New Literacy by Marc Prensky, Edutopia 2008 http://www.edutopia.org/programming
Merci Fabien -- Je pointe l'article de Prensky dans mon post, mais tu fais bien de l'indiquer à nouveau. (comme ça, j'ai une excuse pour le commenter un peu !!)
Son argument que nous avons tous besoin de programmer *quelque chose* à un moment ou un autre me parait juste (et les exemples qu'ils citent, un homme politique, une personne cherchant à optimiser sa retraite, un voyageur, etc. peuvent s'étendre à l'infini).
Sa comparaison avec les scribes est une analogie intéressante et efficace. C'est la réponse la plus simple à la question : "à quoi ça sert de lire et écrire… du code ?" Humm, et bien, à savoir lire et écrire…
Par contre quand Prensky dit, dans le même article, qu'utiliser Word ou un smartphone, c'est une forme de programmation "high-level", c'est beaucoup moins convaincant. Ce type de confusion amène à des programmes éducatif où écrire un article sur un blog, faire de la mise en page, monter une vidéo ou chercher sur internet sont considéré comme "apprendre l'informatique".
Lessig là dessus est bien plus pointu : https://www.socialtext.net/codev2/part_two_regul... et fait ressortir la manière dont le code au contraire régit les comportements de ceux qui ne font que l'utiliser.
Et oui, tu fais bien de noter que le MIT Medialab avec Scratch et son ex-directeur Negroponte avec le XO OLPC (dont les locaux sont en face du Medialab !) travaille ce sujet depuis longtemps. En plus, les OLPC donnent accès à la ligne de commande Linux, à un interpréteur Python, etc. aux enfants qui les reçoivent. Le XO est vraiment leur ordinateur, au sens qu'ils peuvent et sont encouragés à se l'approprier, pas seulement l'utiliser.
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